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Savoir donner et recevoir

Donner et recevoir, deux aspects différents d'une même pièce...

Savoir donner à quelqu'un, que ce soit un compliment, un cadeau, du temps, de l'attention, etc… est intimement lié à la capacité de recevoir à son tour. 

Un exemple typique pour moi est mon père...

Dans ma famille, il est celui qui est le plus à part, entendez par là celui qui est le plus en retrait et qui à le moins de lien avec les autres membres de la famille. C'est une situation qui est en partie liée à l'attitude "envahissante" de ma mère, mais aussi en grande partie liée au fait que mon père ne sait pas donner, et par conséquent ne sait pas recevoir.

Il ne sait pas donner ? me direz vous ? Eh bien oui, à commencer par donner de l'amour... excepté avec ma mère (et encore, il a beaucoup de mal à lui donner sa liberté quand il s'agit de partir pour un stage sans lui), ses petites-filles, et peut-être avec nos chattes (lol) ce n'est pas quelqu'un qui aura spontanément des attitudes d'affection, de tendresse, de reconnaissance vis-à-vis des autres (et en particulier de ses fils). Problème aussi quand il s'agit de donner du temps, de l'argent (j'ai souvenir de mon adolescence ou il revenait des courses en ayant acheté de produit de marques de moins bonne qualité parce qu'ils coûtaient quelques centimes (de francs, pas d'euros) moins chers). Problème à donner de l'attention aux autres qui se manifeste par exemple par le fait qu'il ne réponds que contraint et forcé au téléphone : si ma mère et là, il faut vraiment qu'elle soit dans l'incapacité de répondre pour que lui décroche le téléphone. Donner de la considération aussi n'est pas dans sa nature, j'ai plus souvenir de ses critiques, de son humour très noir vis-à-vis de nous (mais là, c'est nous qui n'avions pas le sens de l'humour si nous avions la mauvaise idée de réagir négativement à ses piques).

La contrepartie de tout cela est une incapacité à recevoir : les compliments le gênent, les marques d'affection aussi. Mais sa plus grande hantise sont les cadeaux...

Il ne sait tout simplement pas quoi faire face à un cadeau.

Déjà, rien qu'ouvrir l'emballage cadeau est une épreuve et il est connu pour mettre 5 minutes pour déballer un cadeau. Pourquoi ? Parce qu'il est terrorisé à l'idée de ne pas savoir quoi dire ou faire si le cadeau ne lui plait pas. Mais même si le cadeau lui plaît (ce qui arrives quand même l'essentiel du temps, je n'ai pas connaissance d'un cadeau qui lui aurait vraiment déplu depuis toutes ces années), il n'est pas sorti de l'auberge : car il faut alors montrer de la reconnaissance, dire merci.

Et là, on retombe dans le problème de donner...

Donc hier nous avons fêté (avec quelques jour d'avance) son anniversaire. Avec l'un de mes frères nous lui avions acheté un cadeau commun et lui avions donc préparé une carte avec nos voeux groupés (mon frère, sa femme, Squickette et moi). Il a réussi à ouvrir le cadeau en moins de 5 minutes (allez, disons 4 minutes 30) en ôtant soigneusement chaque morceau de scotch pour faire traîner en longueur l'ouverture le plus possible (non non, ce n'est pas du suspens, ce n'est pas un fanatique de Hitchcock). Le cadeau déballé, il a passé quelques minutes à l'examiner sous tous ses angles, avant d'ouvrir finalement la boîte et de prendre enfin l'appareil (un taille barbe super-sophistiqué, qui remplacera utilement le sien qui était en train de mourir à petit feu). Puis il à profité de ce qu'il devait aller chercher le gâteau à la cave pour s'eclipser. Bonne diversion qui lui a permis de ne pas avoir à exprimer de contentement ou de reconnaissance.

Et donc il ne dira plus rien à ce sujet jusqu'au moment ou Squickette et moi viendrons le voir 3 heures plus tard pour lui dire au revoir avant de prendre la route. Là, juste après m'avoir dis au revoir, il jettera un rapide et gêné "Et merci pour le cadeau".

Et là encore, j'ai de la chance : il n'a rien dit du tout à mon frère... avec un peu de chance, il lui dira quelque chose la prochaine fois qu'il le verra.

Alors, je ne vous racontes pas ça pour le critiquer, ou pour me plaindre du manques de considération, cela fait quelques années que j'ai fini par comprendre qu'il était réellement prisonnier de ses attitudes et que je le plains plutôt que de râler à son encontre comme je l'ai fait pendant des années.

Quelque part je trouve terrible de voir la solitude dans laquelle il est enfermé à cause de ce problème, et je vois aussi en moi le legs qu'il m'a transmis : une attitude aussi très critique, très ironique, et une difficulté par rapport aux compliments (qu'il s'agisse d'en donner ou d'en recevoir). Heureusement pour moi, ce ne sont essentiellement que ces quelques points qui me posent problèmes, Squickette pourra témoigner qu'en dehors de ça je fais preuve de générosité que soit de mon temps, de mon argent, de câlins, de marques d'attention et d'affection.

Et vous ? Etes vous vous mêmes limités de la sorte ou avez vous dans votre entourage des personnes aussi handicapées ? 

Vos commentaires

1 Le Vendredi 13 Juin 2008 à 09:50 GMT+2, par oupss

Bonjour,

Je viens de tomber par hasard sur ton post. Enfin par hasard non!!
Je m'explique. J'ai cru toute ma vie que je savais donner. Par contre, j'avais pleinement conscience de ne pas savoir recevoir. Mais le déclic c'est fait. je ne sais ni donner ni recevoir. Quand je "donne" je donne mal.
Mon père ressemble aussi étrangement au tien...
La solitude est grande quand on reçoit et qu'on ne sait que faire. Elle est aussi très grande quand on veut donner mais qu'on ne sait pas faire.
La solution passe peut être par savoir donner... En tout cas je cherche dans ce sens.
Merci pour ce post qui me confirme le lien entre donner et recevoir.

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